Liesa Van der Aa

« Woth »

« Woth » est une œuvre ambitieuse : une trilogie qui dure presque 135 minutes au total, 3 CD soit 25 morceaux enregistrés. « Woth » (pour Weighing Of The Hearth c’est-à-dire La Pesée des Âmes en français !), inspiré du « Livre des Morts » de l’Égypte antique, est comme la métaphore musicale des formules inscrites sur papyrus et déposées autour des momies…



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Liesa Van der Aa : « Woth ».
Volvox Music, 19 €, 90 Le coffret de 3 CD et le livret de 32 pages.
(Sur le site www.volvoxmusic.com, rubrique Shop.)

Le premier CD mêle habilement une musique électronique (qui adopte parfois des sonorités commerciales et des rythmes syncopés, par ailleurs pas désagréables) et une musique vocale où dialoguent des voix féminines et masculines. Les voix de femmes sont légères, aériennes et flottent comme des nappes sonores dans l’éther au-dessus d’une terre lourde et froide. L’instrumentation épouse à l’occasion la fameuse voix de bourdon caractéristique de la musique traditionnelle mongole. Ces quelques références disent toute la richesse sonore de « Woth » qu’un court article ne saurait épuiser. Le deuxième CD est plutôt baroque par l’utilisation d’instruments acoustiques, voire anciens, tandis que le troisième illustre une musique consensuelle, à la mode.

Ces trois styles musicaux traduisent les trois étapes du parcours de l’homme jusqu’à sa renaissance, à l’image du Livre des Morts difficile à comprendre pour un esprit d’aujourd’hui. Le livre (plus proprement intitulé « Sortir au jour ») est d’une telle complexité qu’on ne peut retrouver mot à mot dans « Woth » la pensée des Égyptiens de l’Antiquité. Le voudrait-on que ce serait vain car le projet de Liesa van der Aa est autre, dans la mesure où elle avoue dans un entretien ne pas croire qu’il y ait un Dieu alors que le panthéon des anciens Égyptiens est assez peuplé…

L’évolution musicale sur les trois CD laisse supposer une autre approche du réel : on passe ainsi de l’âme lourde, fortement ancrée dans le réel matériel à une âme nuancée en passant par une âme incontrôlée ou liquide ! Il est intéressant que la musique s’empare de ce vieux mythe pour arriver à une connaissance de soi et du monde même s’il s’agit là d’un équilibre instable.

Les paroles sont écrites majoritairement en anglais, mais elles sont déformées par la technique du chant si bien qu’elles deviennent difficilement compréhensibles pour une oreille francophone non habituée à ce genre de prestations. Mais elles sont aussi écrites, au moins en partie, en égyptien antique car tirées du Livre des Morts, pour plusieurs des morceaux interprétés par, symboliquement, les 42 Juges (c’est-à-dire par le Waancel Podium Choir et Liesa Van der Aa elle-même)…
« Woth », par son exigence et son interprétation, est une réussite ! Un enregistrement dans lequel on trouve plus de poésie que dans certains poèmes…

Lucien Wasselin



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lundi 11 avril 2016, par Lucien Wasselin

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