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François Cheng

« Entretiens avec Françoise Siri »

François Cheng a beau être académicien, il reste discret et n’accorde pas facilement des interviews. Il a pourtant accepté une série de cinq entretiens sur France Culture, dans l’émission « À voix nue » (diffusées en octobre 2014), avec Françoise Siri, journaliste et poète elle-même, à laquelle il avait déjà donné une interview pour la revue Phoenix qui lui consacrait un dossier (le numéro 8, de décembre 2012). Ce dialogue sur les ondes vient de faire l’objet de la publication d’un livre coédité par Albin Michel et France Culture et sobrement intitulé « Entretiens ».



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François Cheng en compagnie de Françoise Siri à la Maison de la poésie de Paris, le 16 mars 2015.

Le poète, essayiste et romancier, membre de l’Académie française aujourd’hui largement reconnu en France, raconte dans ces entretiens avec F. Siri son parcours, notamment son enfance chinoise, la guerre sino-japonaise, puis sa venue en France en 1949 et, après que la Chine eut fermé ses frontières, comment il est devenu un exilé. « J’ai connu l’extrême solitude et l’extrême dénuement », avoue-t-il. Il fait alors l’apprentissage du français, langue qu’il va adopter, tout en gagnant sa vie comme plongeur ou manutentionnaire. Puis il devient traducteur, se lie avec des intellectuels comme Roland Barthes ou Julia Kristeva. Il lit beaucoup, commence à écrire aussi : « La poésie m’a aidé à me réenraciner dans l’être », affirme-t-il. Il devient alors enseignant.

La littérature change l’orientation de sa vie. « A l’aube des années 80, soit trente ans après mon arrivée en France, tout d’un coup je me suis senti prêt à amorcer une création personnelle dans cette langue. J’ai réellement éprouvé cette félicité de nommer toutes choses à neuf, comme au matin du monde ». Après les essais, paraitront les recueils de poèmes, « De l’arbre et du rocher » (1989), « Double chant » (1998), « Le livre du vide médian » (2004) et des romans dont « Le dit de tianyl » (prix Femina 1998) qui le fera connaitre du grand public.

L’homme d’une double culture

Dans ces entretiens, c’est la poésie qui tient la place de choix. « Longtemps, l’homme s’est servi du langage pour tenter d’expliciter le mystère de l’univers ; voilà qu’il découvre que dans son langage même réside son propre mystère » avance-t-il dans son approche de la poésie. Et de préciser à quel point pour lui la langue, avec ses rythmes, ses sonorités, reste un moteur de l’écriture. Tout comme les oxymores, le vide et le plein, le Yin et le Yang. Ce qui amène François Cheng, après avoir loué notre langue et notre pays qu’il a épousés, à aborder ses thèmes de prédilection, la nature, la beauté, la mort, le mal, mais aussi ses influences, le taoïsme par exemple, et les complémentarités d’un homme d’une double culture. Il évoque la méditation, qu’il pratique et dont il a tiré plusieurs ouvrages. Il parle aussi, avec simplicité et une profonde honnêteté, une vraie humilité, de ses rencontres, de ses amitiés. L’entretien prend souvent ce tour léger, un ton amusé, pour raconter le quotidien, cette lectrice inconnue croisée dans la rue, par exemple, qui s’approche et lui dit seulement : « Merci d’être ».

Le livre d’ailleurs fourmille d’anecdotes, comme celle de la jeune répétitrice qui, pour expliquer le sens du mot « échancrure », dessine « du doigt devant sa poitrine, avec beaucoup de simplicité, les lignes de sa robe gracieusement décolletée », geste qui va décider de toutes les connotations sensuelles que Cheng prêtera par la suite aux mots en « ure », épure, diaprure, cambrure, etc. De même François Cheng n’hésite-il pas à confesser sa gourmandise et c’est avec une belle délectation qu’il évoque son amour pour certaines pâtisseries françaises !

Le charme de ces entretiens tient justement à cette complicité entre l’intervieweuse et l’interviewé qui permet de passer simplement de la gravité du « douloureux attachement-arrachement » que provoque en nous la beauté ou de l’expérience intérieure qu’explore une poésie de l’être à… une recette de macaron !
Douze poèmes inédits complètent cet ouvrage où l’on foule souvent le « limon de l’éternelle saveur terrestre ».

Michel Baglin



samedi 2 mai 2015, par Michel Baglin

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François Cheng : « Entretiens avec Françoise Siri »


Coédition Albin Michel-France Culture
120 pages. 12 euros



François Cheng

François Cheng, né le 30 aout 1929 en Chine, à Jinan, est un écrivain, poète et calligraphe chinois naturalisé français en 1971.
Issu d’une famille de lettrés et d’universitaires, il a suivi ses études à Chongquing puis à l’Université de Nankin.
En 1948, il vient en France avec son père qui participe à la fondation de l’UNESCO en tant que spécialiste des sciences de l’éducation, et se consacre à l’étude de la langue et de la littérature françaises. Alors que sa famille émigre aux États-Unis en raison de la guerre civile chinoise, il décide de s’installer définitivement en France. Il connait une assez longue période de solitude avant d’obtenir en 1960 un emploi stable au Centre de linguistique chinoise. Durant la même période, il traduit les grands poètes français en chinois.
En 1969, il est chargé d’un cours à l’Université de Paris VII. Il est naturalisé français en 1971.
En 1974, il devient professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Il poursuit ses traductions et publie des essais sur la pensée, l’esthétique et l’art chinois, et un album de ses propres calligraphies.
Il a reçut le Grand prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre. Et a été élu à l’Académie française, le 13 juin 2002.



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