Georges Cathalo

Lecture flash 2018

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues ().

Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, commencé il y a plusieurs années.



Werner Lambersy : « La déclaration »



Ce 6° titre de la collection « Ficelle Partagée » est une œuvre intimiste à part dans la longue bibliographie de Werner Lambersy. En effet, ce livret est une réelle déclaration d’amour à sa compagne Patricia Castex-Menier, une déclaration pudique qui se présente comme la confirmation d’un vécu de couple fusionnel. Les noces permanentes de chaque jour sont nommées sous forme de clin d’œil en ouverture du livre. Ce sont aussi plus de 70 noces de toutes sortes à célébrer et à saluer d’un « bonjour » dans le rythme et dans le silence, dans la tête et dans les mains.
Lors du poème liminaire, Lambersy annonce la couleur car il n’est pas dupe : il a compris depuis bien longtemps que ce qu’il écrit « ne réchauffera / Pas ceux qui meurent / De froid / De faim ou sous la terreur ». Et c’est une promenade en bord de mer qui sert d’élément déclencheur pour la prise de conscience d’une situation que l’écriture poétique pourrait attester. Mais elle, « elle écrit dit qu’il faut / Que ce n’est pas facile ». Elle mesure les difficultés propres à ce genre d’expression et d’exposition, entamer un chant, « le chant qui rend l’âme libre / Et les corps souverains ».
Rappelons pour les rares lecteurs qui ne connaîtraient pas encore les productions de Vincent Rougier que cet éditeur met un point d’honneur à proposer des recueils d’une étonnante perfection éditoriale.

(Werner Lambersy : « La déclaration ». 28 pages, 9 euros . Rougier V. éd., 2018. Les Forettes – 61380 Soligny-la-Trappe ou rougier.atelier@wanadoo.fr )



Revue Écrits du Nord n°33/34 (2018)



Depuis quelques années, Écrits du Nord a résolument choisi de proposer à chaque automne un épais numéro double de plus de 120 pages. Cette volonté de donner la parole à un grand nombre d’auteurs est fort louable car elle permet de lire des écrits qui seraient restés dans la pénombre des tiroirs. « Cet élan qui ne tarit pas » et « cette victoire sur le silence et sur la résignation » sont la marque du fort tempérament de Jean Le Boël, le responsable de cette publication. Dans sa page d’ouverture, il s’adresse aux lecteurs comme à des complices dans une ferme détermination de « résistance aux endoctrinements ».
Les deux sections de la revue, poèmes puis récits et nouvelles, s’articulent autour d’un texte de Georges Rose intitulé « Écrire et lire de la poésie ». D’une belle pertinence, il ouvre des perspectives inédites pour une approche courageuse du fait existentiel et de l’expression artistique. Si l’on se penche sur les deux parties de la revue, on remarquera qu’elles s’équilibrent à parts égales autour de cent pages chacune et qu’elles présentent les auteurs retenus dans l’ordre alphabétique de leur patronyme. De ces 43 poètes et de ces 11 nouvellistes, on retiendra de façon forcément subjective les noms de Daniel Brochard, Marilyse Leroux, Pierre Rosin et Joëlle Pétillot et puis ceux de Martine Cadeau, Eleusis, Nicolas Jaen et Jean-Marc Proust. Saluons enfin la belle réalisation éditoriale de cet épais volume, ce qui en rend la lecture encore plus confortable.

(Écrits du Nord n°33/34. 2018. 204 pages, 12 euros – Parc d’activités de Campigneulles – 62170 Montreuil-sur-Mer)



Christophe Jubien : « Coups de balai autour d’une pâquerette »



Depuis déjà quelques années, Christophe Jubien se fait une place discrète dans le dense réseau de la poésie vivante dont il connaît les rouages et dont il maîtrise les codes en tant qu’animateur de radio par exemple. Son nouveau livre au titre original vient compléter une œuvre bien identifiée dans le sillage fécond de la poésie du quotidien. L’ancrage religieux de l’auteur est loin d’être un frein à sa créativité débordante. Il se sert de ce tremplin pour aborder avec humilité des thèmes qui pourraient sembler désuets ou rebattus. En effet, « Les mots disent / Dieu est mort / laissons dire les mots // et regardons par la fenêtre / la solitude / du cerf-volant ». Jubien qui est « ami d’enfance d’un bouton d’or », sait que « Dans chaque homme voisinent / un fort potentiel criminel / et le lointain souvenir /des paradis perdus ». Et puis il y a toujours cette tenace et obsédante « envie de poème », un poème qui s’écrirait à la hâte et s’effacerait aussitôt. Pour Jubien, le miracle est présent à chaque seconde, le miracle d’être en vie un jour de plus, de voir enfin ce que l’on ne savait pas voir hier et que la poésie remet en pleine lumière.

(Christophe Jubien : « Coups de balai autour d’une pâquerette ». 88 pages, 8 euros - Henry éd., 2018. Parc Z.I. de Campigneulles - 62170 Montreuil-sur-Mer)



Revue Décharge N°179 (2018)



Comme toujours, lorsqu’on reçoit un numéro de Décharge, on ne sait jamais par où commencer la lecture : les dossiers, les chroniques, le choix de Décharge, les dias de Jacmo, les ruminations de Claude Vercey… Risquons-nous donc à un tri subjectif en commençant par la 2° partie du dossier, entamé au n°178, « Une année en poésie : 1918 », riche ensemble où Jacques Fournier se révèle à la fois historien et poète en décryptant cette « année foisonnante pour la poésie de langue française ». Ensuite, grâce à Valérie Rouzeau, sa légataire universelle, on découvre de courts contes inédits de Christian Bachelin disparu en 2014. On s’attardera aux inédits de François de Cornière, de Marilyse Leroux ou de Gabriel Zimmermann. On portera une attention particulière au dossier consacré à Joëlle Gardes ainsi qu’à la diversité des onze auteurs retenus pour le « choix de Décharge ». En recoupant ces approches, on a la confirmation que les partisans des « réseaux sociaux » n’ont rien inventé puisqu’il y a belle lurette que les poètes ont jalonné leurs routes et leurs sentiers pour permettre à chacun de se croiser, de se rencontrer, de se lire et de s’écrire dans une fraternité bienveillante.
Signalons enfin une nouvelle-venue dans le monde de l’illustration : Marie-Jo Dubost qui n’est autre que l’épouse de Louis, le compagnon de route de centaines d’auteurs qui lui sont redevables en tant que chroniqueur et surtout d’éditeur.

(Décharge N°179 (2018), 164 pages, 8 euros – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny ou revue.decharge@orange.fr )



Thierry Renard : « La nuit est injuste »



Les éditions de La rumeur libre ont déjà fait paraître les deux premiers tomes des œuvres de Thierry Renard, poèmes parus entre 1980 et 2017. Avec cet important volume, ces mêmes éditions proposent des textes inédits en recueil de ce poète que le préfacier, Michel Kneubühler, présente comme à la fois un agitateur poétique et un écorché-vif. Il s’est toujours agi pour ce militant de la cause poétique de vivre en poète chaque seconde de l’existence. « Faire de la littérature » ne l’intéresse pas mais mordre dans la vie réelle, oui ! Composé de trois suites, ce livre rassemble des poèmes récents, tous datés et situés mais aussi accompagnés d’une dédicace et d’un exergue. Et même si poursuivre son chemin lui semble difficile, il trouve le moyen d’avancer : « pour le moment je me fraie un passage entre ombre et lumière ». Avancer en franchissant les obstacles, en faisant reculer les horizons car « tout d’abord je demeure / Un militant du bonheur / Et de la création ». C’est cette bouillonnante et turbulente création qui rend plus vive et plus fragile aussi l’existence du poète. Dire enfin que l’on devine sans peine à quel point Thierry Renard doit travailler ses poèmes au gueuloir qui permet de faire entendre le texte sous toutes ses formes, avec ses silences et ses respirations, ses scansions, ses rythmes et ses faux-rythmes.

(Thierry Renard : « Le nuit est injuste ». La rumeur libre éd., 2018. 256 pages, 20 euros – Vareilles – 42540 Sainte-Colombe-sur-Gand oueditions@larumeurlibre.fr )



Revue Gros Textes N°45 (2018)



On ne peut rêver d’un éditorial plus succinct que celui d’Yves Artufel pour ouvrir ce numéro : « C’est un truc bizarre une revue, ça s’arrête puis ça repart. On ne sait pas pourquoi ». Faut dire que cette publication avait cessé de paraître en 2011 sans compter l’expérience originale de Liqueur 44. Fallait croire que le virus n’avait jamais quitté ce créateur toujours en éveil ! C’est un ancien projet de numéro spécial intitulé « Les gens de peu » qui fut l’élément déclencheur, grâce à plus d’une vingtaine de participants de toutes générations venus de tous horizons même si beaucoup figurent déjà au catalogue des éditions éponymes.
Ainsi, on pourra lire, dans des registres poétiques très différents, les contributions de Salvatore Sanfilippo, Yves Humann, Jacqueline Held, Marcel Migozzi, Jean-Louis Rambour ou Jean-Claude Martin. Un long entretien avec Pierre Tilman permet d’en savoir plus sur ce grand poète qui fut longtemps associé à ce que l’on nomma, faute de mieux, « le groupe Mounin » dont il fut l’un des plus jeunes éléments avec Franck Venaille et Daniel Biga, oubliés eux aussi bien souvent dans les prétentieuses anthologies parisiennes.
Quelques « fonds de pages » sont complétés par des notes de lecture du capitaine de cette embarcation qui est repartie peut-être pour une nouvelle aventure.

(Gros Textes N°45 (2018), 96 pages, 10 euros –Fontfourane - 05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )



Georges Drano : « Entrer dans le paysage »



Est-il encore possible qu’un poète propose un recueil de 120 pages sans utiliser une seule fois la première personne du singulier ou l’un de ses dérivés ? Avec ce nouveau livre, le discret Georges Drano réussit ce prodige qui remplit le lecteur d’un bien-être apaisant. Ensuite, comment peut-on imaginer l’auteur sans sa chère Nikou (Nicole Drano-Stamberrg) qui l’accompagne depuis tant d’années ? Dès le premier poème, le « nous » de ce couple fusionnel revient plusieurs fois et se retrouve présent dans presque tous les textes suivants. La première série de poèmes, intitulée Le chemin qui tourne, donne le ton de l’effacement : « Nous fermons le regard du paysage / qui reprend à son compte / les pas perdus et les peurs de se perdre ». On avance dans la plénitude de ce chemin qui repousse les horizons avant de s’infiltrer dans le paysage.
La deuxième suite, Approche de la Gardiole, parlera beaucoup aux marcheurs qui savent se perdre sans se perdre dans les étendues maritimes des marais et des roselières car, « Pour avancer il ne faut pas craindre / de perdre son temps en s’éloignant / du jour » et de cette lumière qui change à chaque nouveau pas.
Les poèmes suivants rappellent les réalités du monde urbain contemporain avec leurs voies de communication rectilignes et bruyantes mais « Quand les routes s’éloignent / les chemins reviennent / au paysage où rien n’est perdu / de la terre insoumise. » Signalons pour finir la superbe réalisation matérielle de cet ouvrage comme tous ceux qui paraissent chez Yves Prié à l’enseigne de Folle Avoine.

(Georges Drano : « Entrer dans le paysage » 120 pages, 18 euros. Folle Avoine éd., 2018. Le Housset – 35137 Bédée ou folle.avoine@wanadoo.fr )



Revue Phoenix N°28 (2018)


Cette solide revue trimestrielle poursuit sa route paisiblement en proposant toujours un fronton consacré à des poètes qui méritent d’être mis sur le devant de la scène poétique. Avec ce numéro 38, c’est au tour de Nicole Drano-Stamberg d’être justement honorée, elle qui ne s’est jamais éloignée d’un double engagement, à la fois humanitaire et poétique. Elle, « l’employée de la poésie », se singularise par une écriture délicate et troublante à partir de fines observations du réel. C’est une sorte d’herborisatrice des plantes et des mots comme on peut en juger avec la belle série d’inédits. Six proches de l’auteure se sont donné rendez-vous pour évoquer la richesse de cette œuvre riche de plusieurs dizaines de recueils.
Parmi ces intervenants, on citera Georges Drano qui parle avec émotion de sa chère Nikou dont il partage la vie et les engagements depuis bien longtemps. Le deuxième volet de la revue s’intitule Partage des voix et donne la parole à huit auteurs qui développent des écritures originales et diverses : Teyssandier, Villani, Klein, Haza,… Voix d’ailleurs, le troisième volet, permet à Daniel Cunin de nous faire découvrir, en édition bilingue, de larges extraits poétiques d’un jeune auteur néerlandais, Max Temmerman. Pour clore ce numéro, le volet Archipel regroupe des lectures et des chroniques sur plusieurs domaines artistiques.

(Phoenix N°38.2018. 158 pages, 12 euros – 9 rue Sylvabelle – 13006 Marseille ou revuephoenix1@yahoo.fr )



Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer : « Cinéma inferno »



Il n’est pas besoin d’être un cinéphile averti pour comprendre l’antiphrase du titre de ce livre. En effet, après le célèbre Cinéma paradisio, ces deux poètes fous de cinéma ont croisé leurs poèmes sur le septième art, l’autre référence étant « Inferno », ce thriller de 2016 adapté du roman de Dan Brown inspiré de la « Divine Comédie » de Dante. Une longue fréquentation des salles obscures est à l’origine de ces instantanés pris sur le vif, tels des rushes livrés, bruts de décoffrage, à l’œil du lecteur.
À travers le cinéma, c’est un hommage permanent qui est rendu à l’imagination et au rêve : « je me fais des films sur les films / que je n’ai pas vus », et finalement comme tout un chacun, « j’ai rêvé / que le cinéma redevenait muet / tout en restant en couleurs ». On sourira en lisant l’avertissement initial ou la note finale… Quant au poète, il « n’a pas de doublure / et accomplit lui-même / toutes les cascades que requiert son histoire ». Les titres défilent, les films se rembobinent. Inutile de se lancer dans une enquête policière pour savoir quel est l’auteur de chacun de ces poèmes car les deux auteurs-complices ont effacé toutes les traces. Alors c’est « silence on tourne » et on avance dans cette ville de Lyon où le cinéma des frères Lumière a commencé son long périple jusqu’à nos jours, où de nombreux mystères se développent avec, en fond sonore, la superbe chanson de Claude Nougaro évoquée en page 14.

(Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer : « Cinéma inferno ». Le pédalo ivre éd., 2018. 86 pages, 11 euros – 44 rue Saint-Georges – 69005 Lyon ou finance@lepedaloivre.fr )



Revue Concerto pour marées et silence N°11 (2018)



Depuis onze ans sous l’habile baguette de la chef d’orchestre Colette Klein, cette originale revue annuelle trace son sillon avec à la fois beaucoup de rigueur et de souplesse. Il faut dire que cette infatigable poète-revuiste a su donner un ton particulier à sa publication qui tranche dans la galaxie des revues-papier. Moderato, adagio et allegro sont les trois mouvements de ce concerto verbal dans lequel voisinent des poèmes, des notes de lecture et des articles de fond. On y fait de belles rencontres grâce à des séries de poèmes émouvants, troublants ou touchants. Citons, entre autres, Gérard Cléry, Lydia Padellec, Bernard Fournier, Danièle Corre, Claude Albarède ou Martine Morillon-Carreau. On y croise aussi de nouveaux-venus peu lus en revues tels que Sandrine Davin, Marc-Henri Arfeux, Catherine Jarrett, Claudine Bral ou Édith Chafer. La trop rare Marie-Ange Sebasti est présente avec des poèmes de haute tenue qui suivent une longue et éclairante présentation d’Isabelle Poncet-Rimaud. Les lectures sont assurées par une dizaine de critiques avisés tels que Daniel Abel, Eliane Biedermann, Monique Labidoire ou Nicole Hardouin. Avec plus d’une cinquantaine de participants, ce numéro de 220 pages offre une belle et large palette de paysages poétiques qui vont permettre à tout un chacun d’y trouver son compte.

(Concerto pour marées et silence N°11. 2018. 220 pages, 14 euros port compris – 164 rue des Pyrénées – 75020 Paris ou colette.klein14@orange.fr )



Patrick Le Divenah : « Parce que »



Pour que la poésie trouve et retrouve des lecteurs, nous aurons de plus en plus besoin de poètes-électrons libres venus de tous les horizons. Ces « canards à trois pattes » comme les appelait Jean L’Anselme, ouvrent de nouvelles perspectives et c’est tant mieux car cela bouscule le ronron pseudo-lyrique de certains et la rigidité formelle de tant d’autres.
Tout cela pour évoquer Patrick Le Divenah, auteur et plasticien mais aussi amoureux des mots qu’il accueille et propose à l’oral comme à l’écrit. Son nouveau livre est l’exemple même d’une auto-dérision efficace et d’une dénonciation souriante de certaines pratiques poétiques. Cela se traduit pas des exercices de style à la Queneau avec « il y avait une fois », jonglerie autour des temps de conjugaison, ou bien avec « il et elle, histoire de couple fortement temporelle ».
On a ensuite droit à un clin d’œil lacanien avec le poème intitulé « ça ». Le poète évoque encore « la difficulté de coordonner » avec un poème à la gloire des conjonctions de coordination. Puis il revisite sans crainte le sonnet des voyelles de Rimbaud avec cinq références de catalogue… Signalons que ces textes originaux sont accompagnés par des images de Vincent Rougier, le maître d’œuvre depuis 23 ans des destinées de cette originale maison d’édition et que sa revue « ficelle » est toujours cousue de fil blanc, au propre et au figuré.

(Patrick Le Divenah : « Parce que ». Atelier Rougier V. « éd., 2018., 30 pages, 9 euros, tirage limité à 300 exemplaires – Les Forettes – 61380 Soligny-la-Trappe ou rougier.atelier@wanadoo.fr )



Revue « Comme en poésie  » N°74 (2018)



« Achetez de la poésie selon vos moyens et lisez de la poésie selon vos désirs ». Ce slogan que répète Jean-Pierre Lesieur est à l’image de ce poète-revuiste : enthousiaste et généreux, utopiste et réaliste. Capitaine au long cours d’une embarcation qui n’a qu’un seul être à bord, homme à tout faire, de la soute au poste de pilotage. Que dire de cette nouvelle livraison si ce n’est que comme toutes les précédentes, elle regorge de textes originaux, tendres ou provocateurs, disons toutes sortes d’écritures qui ne peuvent laisser indifférent. Citons quelques noms nouveaux dont on reparlera, c’est sûr : Antoine Janot, Faustin Sullivan, Colette Davile-Estinès ou Vincent Cadet. Et, sur l’autre plateau de la balance, les écrits des amis, fidèles parmi les fidèles : Claude Albarède, Gérard Le Gouic, Jean Chatard ou Werner Lambersy.
On renverra les curieux et les curieuses à une autre publication-maison de Jean-Pierre Lesieur : « 2013, poésie, un an sur internet ». Ce livre copieux (188 pages) au prix modique de 12 euros, rassemble 365 réflexions, pensées et ruminations autour de la poésie vivante. L’auteur s’y montre tel qu’en lui-même passionné par ce sujet qui l’occupe depuis si longtemps et qui lui a forgé un caractère de fer, un courage inouï et un humour ravageur. Allez-y voir et vous serez surpris en apprenant aussi « qu’il ne faut jamais désespérer de la poésie ».

(Comme en poésie N°74.b2018. 80 pages, 4 euros ou 15 euros pour les 4numéros annuels – 730 avenue Brémontier – 40150 Hossegor ou j.lesieur@orange.frb)



Chantal Dupuy-Dunier : « Je est morte »



Comme toutes les publications des éditions artisanales du Frau, celle-ci ne déroge pas à la règle de la qualité formelle alliée à la rigueur des écrits poétiques. Accompagnés par cinq gravures en noir et blanc de Lionel Balard, les poèmes de Chantal Dupuy-Dunier nous entraînent dans une ruelle étroite qui n’est pas uns impasse mais une voie où chacune et chacun pourra se repérer et se reconnaître. Le personnage de Je dont il est ici question est une femme : est-ce la mère ou est-ce la fille elle-même par anticipation de la disparition, mystère… « Je s’appelait Je » écrit l’auteure dès le début, et « Je est morte ». Là surviennent aussitôt l’indicible et l’inénarrable, car « tout ce que l’on imagine est faux / ce que Je a écrit sur le sujet aussi ». Et si « La mort c’est long / comme un dimanche sous la pluie », il reste encore de longs moments pour évoquer « ce temps qui ne ressemble à rien » mais où l’on doit reconstruire à partir d’une montre sur une table de nuit à côté d’un poignet immobile ou un carnet à côté d’une main qui n’écrira plus. Il y a chez Chantal Dupuy-Dunier une façon personnelle d’évoquer les moments terribles de la disparition depuis le cœur qui s’arrête de battre jusqu’à la crémation ou à « l’urne funéraire en marbre rouge ». Cette suite de brefs poèmes renouvelle un genre millénaire qui a permis à des dizaines de poètes de consolider grâce aux mots et aux images une résilience bienfaisante et contagieuse.

(Chantal Dupuy-Dunier : Je est morte (Le frau éd., 2018), non paginé (20 pages), 5 euros, tirage limité à 120 exemplaires numérotés, ou 20 euros l’abonnement à 5 livrets, Odile Fix – Belinay – 15430 Paulhac ou editions-du-frau@jimdo.com )



Revue Verso n°173 (2018)



Avec la revue Verso, il est inutile de s’attendre à des effets de manche ou à de grands bouleversements éditoriaux. En effet, depuis déjà plus de 41 ans, Alain Wexler et son équipe tiennent le cap et proposent avec une régularité de métronome de fortes livraisons dans lesquelles tout un chacun trouvera des écrits à son goût. Le risque de cette option éditoriale réside dans une trop grande et trop généreuse empathie qui aboutirait à l’accueil de textes non-aboutis.
Ceci dit, Alain Wexler a une telle expérience de revuiste qu’il tente et trouve souvent un fil rouge reliant les poèmes retenus. Ici, avec « la peau du monde », il a su composer un habile et agréable patchwork où se détachent quelques voix nouvelles qu’il faudra suivre sérieusement dans les années à venir : Elsa Hieramente, Chloé Landriot, Estelle Gillard, François Charvet ou Olivier Bouillon. On retrouve aussi au sommaire quelques habitués des revues au long cours : Jeanpyer Poels, Alain Guillard, Patrice Blanc, Alain-Jean Macé ou feu Gérard Lemaire. Les habituelles chroniques de fin de livraison rendent compte d’une riche actualité poétique en évoquant le plus souvent des publications intéressantes et peu communes.

(Verso N°173 (2018), 120 pages, 6 euros ou 22 euros les 4 numéros annuels – 547 rue du Génétay – 69480 Lucenayou revue.verso@gmail.com )



Thomas Vinau : « Des étoiles & des chiens, 76 inconsolés »



Comment s’y retrouver avec ce diable de Thomas Vinau, imprévisible et créatif ? Son imagination débordante et sa culture tous azimuts lui ouvrent des champs d’expression riches et divers pour laisser libre cours à son talent. Après le succès des « Clochards célestes », livre paru en 2016 chez le même éditeur, Vinau inaugure un nouveau genre en regroupant 76 « inconsolés ». Cet adjectif substantivé désigne chez lui une personne qui l’a influencé par des qualités humaines très particulières. Ce sont à la fois des obstinés farouches (Erik Satie, Gaston Chaissac…), des droits dans leur coin (Paul Valet, Panaït Istrati…), des femmes pirates (Colette Magny, Frida Kahlo…) ou des monstres bons (André Hardellet, Jacques Higelin…). Tous font partie d’une vaste communauté informelle, celle de « ceux qui se sont échinés à ne pas plier l’échine ».
Présentés par ordre alphabétique, ces inconsolés ont droit à un bref portrait personnalisé allant de 2 à 3 pages, le record étant de 4 pages pour une performance linguistique de l’auteur pour présenter Raymond Federman. « Ce qui est bien avec ces auteurs injustement oubliés ou méprisés, c’est qu’il suffit de tomber sur eux pour être sauvé du présent ». Voilà le maître-mot : sauvé ! Ou comment trouver son salut par la culture générale avec ce livre qui est un vibrant hommage à toutes celles et tous ceux qui « sont restés debout », résistant aux vents contraires, en allant à contre-courant des modes et des traditions.

(Thomas Vinau : « Des étoiles et des chiens, 76 inconsolés ». Le Castor Astral éd., 2018. 216 pages, 15 euros –53 rue Carnot 33130 Bègles ou castor.editeur@wanadoo.fr )



Bruno Doucey : « L’Emporte-voix »



Il est possible et sûrement souhaitable d’aborder la lecture de ce livre comme un vagabondage poétique. C’est un riche patchwork de poèmes où l’appétit, la passion et la ferveur de Bruno Doucey émergent à chaque page. Un fil invisible semble sauter barrières et frontières en reliant ces six ensembles de poèmes pour offrir une nouvelle géographie. Ce sont des voyages réels ou des voyages intimes comme celui de la tendresse et de l’inquiétude (enfants bègues, mamans fatiguées,…). Ce sont aussi des poèmes pour évoquer des actualités qui n’ont souvent rien de poétique (Donald Trump, promesses électorales, centres commerciaux,…).
Ici une place importante est accordée à la voix et à la dimension orale de la poésie : ouvrir portes et fenêtres, accompagner une marche ou une démarche… Toutes ces lectures à haute voix, à Sète ou ailleurs, permettent de riches rencontres. L’enfant lui-même, saisi de panique à l’idée de lire devant un public, gagne en assurance et courage. Et que dire alors du poète, lui, le « musicien du silence », lui qui « dompte la fureur du monde / par sa douceur » ? Il est l’homme invisible la plupart du temps mais si présent justement par son absence. On gardera pour la bonne bouche, en fin d’ouvrage, le moment privilégié au cours duquel, en huit pages de conversation, Bruno Doucey et Thierry Renard croisent leur propos en un amical échange très éclairant.

(Bruno Doucey : « L’Emporte-voix ». La Passe du Vent éd., 2018. 80 pages, 10 euros – La Callonne – 01090 Genouilleux ou espacepandora@free.fr )



Patrice Angibaud : « Avant que ne se ferme le paysage »



Ils sont de plus en plus rares les poètes attentifs au monde qui les entoure, discrets sur leur existence et surtout économes de leurs écrits. On ne les rencontre que trop rarement aux sommaires des revues ou dans les catalogues d’éditeurs. C’est donc tout le mérite d’Yves Artufel d’être allé chercher Patrice Angibaud dans sa réserve pour faire paraître un troisième opus chez Gros Textes.
Cette mince plaquette se compose de trois parties complémentaires qui pourraient correspondre au passé, au présent et au futur. « Retour à l’arbre initial » est un coup d’œil nostalgique sur une enfance campagnarde où l’on retrouve « la petite musique du passé / Qui affleure / Dans l’aujourd’hui ». Les allées traversières tranchent dans la mémoire « comme si par un jeu de miroir / Tout le passé et la détresse des lieux / Venaient de se figer dans son regard ». Marcher, marcher encore en distançant les souvenirs pour parvenir au présent tentaculaire. On y retrouve la protection mentale de quelques amis, la réflexion sur la création poétique, l’amer constat d’une faillite technologique, le sinistre à-quoi-bon qui pointe son nez et surtout la présence rassurante d’une compagne aimante et douce.
Mais Patrice Angibaud se fixe des consignes : « N’en dis pas trop : / Notre époque n’a que faire de l’émotion ». Quant à Fermeture, la troisième partie, elle résonne comme l’allusion à un futur incertain car une grave maladie brouille l’avenir avec « l’angoisse et la panique, / vécues quotidiennement », même s’il faut « te dire que jamais / Rien n’est vraiment / Perdu » et qu’il faut décider fermement de reconstruire un univers avec le peu de forces qui demeurent.

(Patrice Angibaud : « Avant que ne se ferme le paysage » GrosTextes éd., 2018. 66 pages, 6 euros – Fontfourane -05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )


Lire aussi l’article de JN Guéno



Catherine Baptiste : « Puzzle, mille pièces en un acte »



Les Poitevins et les Poitevines sont à l’honneur avec cette nouvelle publication que Jean-Claude Tardif propose dans l’impeccable présentation de sa nouvelle collection intitulée « Les Plaquettes ». L’auteur est jeune et déjà repérée à travers des livres parus chez quelques bons éditeurs ainsi que pour ses apparitions dans des revues de référence comme Décharge ou Friches. La postface de la poitevine Odile Caradec est un modèle du genre et résonne comme une invitation à une relecture immédiate. Émouvantes et éclairantes, ces quatre pages fournissent des clés de lecture, ouvrent des perspectives tout en apportant de nouvelles interrogations.
Le peintre-poète poitevin Pierre Rosin apporte sa pierre personnelle à ce puzzle énigmatique grâce à cinq dessins originaux.
Ce puzzle n’est qu’un prétexte à ce que deux personnes échangent : « c’est comme ça les puzzles, ça plonge au cœur du manque » et cela « jusqu’à l’encastrement de l’un dans l’autre »… Le singulier projet de Catherine Baptiste consiste à « construire et déconstruire une Tour de Babel » à travers l’impossible réalisation d’un puzzle géant que tente de former son compagnon car « l’homme est patient. Il sait composer pièce après pièce, avec l’ellipse du Verbe ». Il tente courageusement de « livrer le combat du toujours plein dans l’à jamais vide ». Il n’est pas une page où le ciel n’intervienne pour recadrer le puzzle en devenir, fruit d’un long cheminement. La symbolique est évidente entre la Tour de Babel et le projet en suspens avec cette recherche qui ferait que la vie ne serait finalement qu’un gigantesque puzzle dont on n’arriverait jamais à bout.

(Catherine Baptiste : « Puzzle, mille pièces en un acte ». À l’index éd., 2018. 44 pages, 10 euros – revue.alindex@free.fr )



Salvatore Sanfilippo : « L’homme qui regarde l’homme »



On n’en finira jamais avec les poètes qui s’engagent dans la voie de la poésie dite « humoristique » afin de masquer leur trop-plein de tendresse et d’empathie. Avec Salvatore Sanfilippo, on a affaire à un joyeux drille qui n’hésite pas une seconde à parsemer ses textes de jeux de mots approximatifs et d’abondantes pirouettes verbales mais aussi d’observations réalistes et dérangeantes.
Les poèmes de Sanfilippo sont généralement brefs et percutants. On y croise de drôles de zigues qui font partie de la famille : Prévert, Norge ou Jean L’Anselme. Le plus souvent on a affaire à des situations cocasses : une châtelaine excédée par « les pouilleux qui font la manche » et qui est « des gueux lasse », une étrange mésaventure hospitalière et amoureuse, un amoureux-fou transi, un goinfre passant à la 4G après avoir été gastronome, gourmet et gourmand… Mais le propos léger et jovial est vite contrebalancé par des situations moins amusantes. Cette ambivalence est visible dans la proximité de deux poèmes : Je regarde tomber la pluie, tout en nuances mélancoliques venant juste avant Je pisse, poème gaillard à la Brassens. Les illustrations de Chrisal, très expressives, prolongent l’effet de surprise des écrits de Sanfilippo. Alors, humblement, chaque lecteur, devant la mort, se mettra au diapason du poète qui « écrit des poèmes / en faim de vie. » Bon appétit, poète !

(Salvatore Sanfilippo : « L’homme qui regarde l’homme » . Gros Textes éd., 2017. 92 pages, 8 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )



Constantin Kaïteris : « Le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus »



La lecture de ce livre permet de renvoyer à Petits métiers, la belle et trop méconnue chanson de Juliette. On y retrouve en effet la même originalité dans le repérage et la description d’activités professionnelles, réelles ou imaginaires. Dans sa préface, Alain Boudet insiste sur le travail d’explorateur de ce poète qui a su développer « une curiosité d’espiègle documentariste » qui cherche et fouille, traque et déniche. C’est toute une humanité laborieuse qui est ici mise au grand jour avec, comme dans la chanson de Juliette, des professions plus qu’improbables : le retourneur de vestes, le polisseur de langue de bois, l’extracteur de quintessence ou le coupeur de cheveux en quatre. Ce recueil peut se lire d’abord simplement mais on peut aussi l’aborder en y relevant de discrets clins d’œil soit à des références littéraires directes (Freud, Proust ou Magritte) ou indirectes (Rabelais, Brassens, Hugo, Malraux ou Flaubert). Kaïteris use abondamment d’à-peu-près fantaisistes avec le rémouleur « qui affûtait d’un air futé » ou « les trop polis les trop politiciens / pour être au net ». Il invente des néologismes en situation : le rétrorêveviseur, l’oniropotentiomètre ou le noctulâtre tout en évitant le dernier cardeur ou les lavandières qui ont impressionné les impressionnistes. L’illustratrice Brigitte Dusserre-Bresson accompagne ces poèmes avec quatre dessins en mode sépia pour renforcer l’aspect ancien de ces textes rajeunis par le talent de ce poète inventif.

(Constantin Kaïteris : « Le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus ». Corps Puce éd., 2017. 64 pages, 212 euros – 27 rue d’Antibes – 80090 Amiens ou aref.loce.jf@wanadoo.fr )



Saïd Mohamed : « Paroles & Chansons comme ci-comme ça »


La veine locutoire et la verve langagière de Saïd Mohamed sont plus que jamais présentes dans ce livre qui regroupe de longs poèmes qui pourraient s’apparenter, comme l’annonce le titre, à des paroles de chansons. On y retrouve tous les thèmes majeurs qui se recoupent dans l’œuvre déjà importante de ce poète écorché-vif. D’ailleurs, dès la première ligne du livre, le lecteur est prévenu : « Je ne suis pas un poète, mais un piètre fumiste. » On pourrait parler ici d’autodérision mais il faut savoir que l’auteur ne se délivre jamais de son manque de confiance : « Et moi je n’aurais jamais été / Un petit bicot ou un enfant de putain. » Il revient fréquemment sur son vécu douloureux sans s’appesantir toutefois à partir d’un simple coup d’œil dans le rétroviseur pour évoquer en quelques mots le rude passé qui fut le sien.
Le format de la chanson au sens large du terme convient parfaitement à l’objectif qu’il s’est fixé, à savoir une percée vers l’imaginaire à partir de fait réels et de sensations personnelles. On sourira en lisant des chansons gaillardes et paillardes. On y croisera le métèque Moustaki, le grand Jacques (Brel) ou le nostalgique Souchon. On n’oubliera pas également de lire le règlement de comptes à « nos grandes icônes nationales » de la chanson. Quant aux « poètes officiels », ils en prennent pour leur grade dans un long poème qui fustige les flagorneurs et « les petits laquais du verbe. » Un beau livre à lire, à relire et à chanter aussi.

(Saïd Mohamed : « Paroles & Chansons comme ci- comme ça ». Gros Textes éd., 2018. 68 pages, 8 euros – Fontfourane – 03580 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )

lire aussi l’article de L. Wasselin



Marie Desmaretz : « Les lettres-poèmes de Marie »



La belle amitié dont parle Jean Chatard dans sa préface n’est pas une banale expression de circonstance. Elle recouvre tout un territoire des activités humaines en permettant à chacun de se construire ou de se reconstruire. C’est le cas de Marie Desmaretz qui a dû affronter le vide sidéral causé par la disparition de son mari Bernard en 2006. Il n’est pas question pour elle de rester prostrée « devant le radeau triste de la tombe » de l’être aimé, lui qui ne jugeait pas et qui « croyait aux miracles, aux arbres et à la bonté ».
Servie par une écriture élégante et discrète, Marie Desmaretz sait dresser des ponts de mots avec ses proches et ses amis en leur adressant de touchantes lettres-poèmes. Elle accorde aussi une place importante à des rituels comme l’heure du thé, les heures passées près des lampes fidèles et surtout des passages au jardin car c’est là qu’elle s’épanouit le mieux au milieu de toutes ces fleurs qu’elle évoque simplement. Elle réalise que « le jardin se défait au fil des ciels » et qu’elle n’a pas « la sagesse des jardins », mais qu’importe puisqu’elle assume sa situation avec cette farouche volonté « de fleurir / et de faner puis de refleurir » ce qui ne peut nous ramener à d’éternelles valeurs poétiques que résume bien ce distique de Ronsard : « Tel fleurit aujourd’hui qui demain flétrira / Tel flétrit aujourd’hui qui demain fleurira ».

(Marie Desmaretz : « Les lettres-poèmes de Marie », Du Petit Pavé éd., 2017. 56 pages, 8 euros – BP 17 – Brissac-Quincé – 49320 Saint-Jean des Mauvrets ou desmaretz.marie@orange.fr

Lire aussi l’article de Lucien Wasselin



Chantal Couliou : « Le temps en miettes »



Cette mince plaquette remarquablement réalisée par les éditions Soc et Foc renferme de précieux poèmes dans un bel écrin qu’accompagnent les peintures de Dar’Jac. Chantal Couliou y rassemble de courts textes, fragments épars d’un temps émietté, afin de célébrer la tendre sagesse d’une grand-mère qui est gagnée peu à peu par l’oubli. Cette angoisse, à laquelle la petite-fille doit résister, ne cesse de grandir au fil du temps.
Cette belle grand-mère est bien celle dont tout le monde rêve, celle qui lutte contre les rhumatismes, la fatigue et les trous de mémoire sans jamais se plaindre. « Elle déploiera ses souvenirs / en un accordéon de mots » en avançant « pour sauver un brin / de légèreté et d’insouciance », en se vêtant d’une « écharpe de petits riens / qui l’aide / à passer le gué du désespoir ».
Ces souvenirs, souvent mal arrimés, sont comme un lourd chargement qui menace de sombrer dans l’océan du grand oubli, car « le temps a gommé sa mémoire » et que l’on sait « qu’un jour / il faut se résigner / à tout quitter ». Malgré tout, dans chacun de ses poèmes, Chantal Couliou convoque l’espoir et la joie, cette « joie dans les cœurs / pour cautériser / les fêlures de la vie » puisqu’elle le rappelle, « à chaque printemps / tout recommence : / la vie reprend ses droits ».

(Chantal Couliou : « Le temps en miettes », Soc et Foc éd., 2017, 40 pages, 15 euros – L’Ouche des Trois Saules – 85700 La Meilleraie-Tillay ou postmaster@soc-et-foc.com )



Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge »



La longue préface de Jean-Claude Dubois se présente en réalité comme une postface. En effet, elle est très éclairante, trop peut-être, sur la démarche de Pedini, jeune poète prometteur à l’œuvre déjà bien identifiée. En dix pages, le préfacier répond aux différentes interrogations du lecteur en lui ouvrant des pistes sur lesquelles il pourra s’engager en toute quiétude dans la perspective d’une bénéfique relecture.
La menace qui provoque le besoin de « trouver refuge » n’est pas clairement définie mais l’on devine qu’elle a un rapport direct avec « la dépouille chaude de l’enfance ». Et même si « la mélancolie nous précède d’un pas » et si « l’angoisse de vivre tient », le poète résiste à sa manière, réfugié dans ses silences et ses pensées grâce à la poésie car « ici on se sent bien ».
Le besoin vital d’un refuge à trouver incite le poète à s’imposer des directions à prendre. On ne compte plus, au fil des poèmes, le nombre d’injonctions amorcées par un verbe à l’impératif, injonctions couplées très souvent avec le pronom « on », ce pronom neutre si délicat à utiliser. « Prendre racine en soi » est aussi une injonction majeure que ce jeune poète se fixe afin « d’aller plus loin ». Alors, quel chemin prendre ? « Parfois on se dit que c’est mieux comme ça », cette interrogation permanente face à une voie difficile dans laquelle on s’engage. Rassurons l’auteur : c’est grâce à cette forte exigence qu’il construit peu à peu une œuvre fertile.

(Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge » Cheyne éd., 2017. 64 pages, 17 euros – Au Bois de Chaumette – 17320 Devesset)
Georges Cathalo



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Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



vendredi 5 janvier 2018, par Georges Cathalo

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Revue Coup de Soleil n°102 (2018)



C’est toujours avec la même modestie et la même discrétion que Michel Dunand propose trois fois par an des livraisons de sa revue. Coup de Soleil est l’une des plus anciennes du « circuit ». Elle perpétue une tradition de la revue-papier où l’on insiste sur un dosage équilibré entre les poèmes retenus et la partie critique sans oublier les illustrations de couverture pour donner un coup de pouce à des artistes méritants comme ici Mary Newcomer présente aussi au sommaire avec quatre poèmes. La place la plus importante est accordée au fougueux poète italien Ferruccio Brugnaro avec de fidèles traductions de Béatrice Gaudy et de Jean-Luc Lamouille. On a plaisir à lire les écrits de ce poète révolutionnaire que l’on retrouve souvent aux sommaires des revues françaises. Un tout autre univers est celui de Jeanine Salesse, univers sensible et bucolique où l’on tente de « sauver l’amour / ce nid tremblant / à la croisée des branches. » On lira ensuite les poèmes de Patrick Argenté où la parole se fait souple, une parole « qui dirait les choses comme elles / sont dans la clarté / du jour. » Quatre autres poètes complètent le sommaire avant d’aborder quelques notes de lecture qui viennent clore ce sobre numéro de Coup de Soleil.

(Coup de Soleil N°102. 2018. 40 pages, 8 euros ou 23 euros les 3 numéros annuels – 12 avenue de Trésum – 74000 Annecy)



Revue Les Hommes sans épaules n°45 (2018)



Chaque nouvelle livraison de cette revue semestrielle est d’une richesse inouïe tant sur le plan des découvertes et des confirmations que sur celui des informations dans le domaine de la poésie. Christophe Dauphin dirige de main de maître cette publication en sélectionnant et coordonnant articles et poèmes.
Son long éditorial enflammé ouvre la voie et donne envie de se plonger dans ce qui constitue sur 135 pages le dossier principal intitulé « Poètes chiliens contemporains, Le temps des brasiers ». Il s’agit d’un large choix de 17 poètes chiliens contemporains parmi lesquels deux Prix Nobel : Gabriela Mistral et Pablo Neruda. Ce choix va du prolifique Luis Mizon au jeune Patricio Sanchez Rojas et du novateur Vicente Huidobro au chanteur martyr Victor Jara. Les Porteurs de feu de ce numéro sont le poète-prêtre révolutionnaire nicaraguayen Ernesto Cardenal et le poète-médecin éditeur belge Yves Namur. Quant aux neuf Wah sélectionnés, ils sont le miroir d’une diversité et d’une richesse qui ne se dément pas. Évoquons enfin la soixantaine de pages finales qui propose des articles, des informations et des chroniques. Tous ces numéros de la 3° série des Hommes sans Épaules constituent, au fil des années, un riche panorama des poésies mondiales.

(Les Hommes sans Épaules n°45. (2018. 344 pages, 17 euros – 8, rue Charles Moiroud – 95440 Ecouen ou les.hse@orange.fr – www.leshommessansepaules.com )



Revue Bacchanales n°59 : Duos, 118 jeunes poètes nés après 1970



Allez, prenons-en le pari : dans les décennies à venir, cette anthologie servira de référence en matière de connaissance de la poésie vivante. Elle est le fruit d’un long et délicat travail de bénédictine effectué pendant près de 4 ans par Lydia Padellec qui a tout réalisé : le choix des textes et des auteurs, la rédaction de brèves bio-bibliographies et surtout une sobre préface.
Avec tact et compétence, elle a regroupé 118 jeunes poètes nés après 1970, 59 hommes et 59 femmes, dans une stricte parité comme elle l’a fait pour ses éditions de La Lune Bleue . Les poèmes, un seul par auteur, sont présentés en vis-à-vis dans une alternance parfaitement agencée quant aux thèmes abordés.
Outre la date de naissance, les critères retenus sont pertinents : écrire en langue française, avoir été édité à compte d’éditeur et « être actif en poésie aujourd’hui ». Il serait vain de filtrer les noms retenus et de signaler ceux qui auraient pu faire partie de ce bel équipage. Disons que l’ensemble des secteurs francophones est présent même si la Suisse semble sous-représentée. L’ensemble permet de découvrir différents aspects des écritures en cours depuis la poésie sonore jusqu’au lyrisme classique et des écrits-performances aux haïkus. Et puis l’on y trouve la confirmation de réels talents aux œuvres déjà bien assurés. Risquons-nous à énumérer dix noms : Thomas Vinau, Cécile Guivarch, Simon Martin, Marlène Tissot, Matthias Vincenot, Aurélia Lassaque, Romain Fustier, Murièle Modély, Jean-Baptiste Pedini et… Lydia Padellec. Les œuvres graphiques de Anne-Laure H.Blanc complètent harmonieusement cette épaisse livraison de Bacchanales. Saluons enfin comme il se doit la courageuse initiative de la Maison de la Poésie de Rhône-Alpes pour s’être lancé dans cette périlleuse entreprise.

(Bacchanales N°59. 2018. 180 pages au format 29X15, 22 euros, tirage limité à 1000 exemplaires – 33 rue Ambroise Crozat – 38400 Saint-Martin- d’Hères ou maison.poesie.rhone.alpes@orange.fr )



Revue Chiendents N°126 (2018)



C’est Marie-Josée Christien qui a pris l’initiative et la lourde responsabilité de consacrer un numéro de Chiendents à Guy Allix. « Entre urgence et humilité » est un bon sous-titre résumant à lui seul le caractère contrasté de Guy Allix : urgence car ce poète qui pérégrine dans le « milieu » depuis de nombreuses années mérite un coup de projecteur car il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Et puis humilité car Guy Allix aurait tendance à s’effacer devant d’autres poètes ou chanteurs qu’il défend depuis des décennies.
Marie-Josée Christien a raison d’insister sur ce « côté frondeur qui le maintient debout » après tant et tant d’épreuves et de déconvenues. La longue interview de 7 pages qu’elle a obtenue est là pour attester d’une démarche poétique hors du commun, terriblement humaine, grâce à une écriture qui se bâtit dans la ferveur et la passion. Après les contributions d’Annie Ernaux (lettres) et de Gilles Perrault (article de presse), on lira avec une attention particulière les contributions amicales de Bruno Sourdin, de Michel Baglin, de Gérard Cléry et de Jean-Louis Clarac, tous fins connaisseurs de l’univers allixien.
Ce beau numéro d’hommage se conclut par un bon choix de textes et, si l’on peut regretter qu’un choix plus large n’ait été proposé, on invitera les lecteurs à se procurer les livres de Guy Allix, livres parus chez Rougerie, Le Nouvel Athanor, L’Atelier de Groutel et les Editions Sauvages.

(Chiendents N°126 (2018), 40 pages, 8 euros – 20, rue du Coudray – 44000 Nantes ou editions.petit.vehicule@gmail.com)
Lire aussi un article de MB


Revue Décharge N°176 (2017)



Chaque fin d’année voit Jacques Morin et son équipe remettre le couvert après avoir repoussé les doutes qui viendraient perturber la bonne marche de cette publication qui va sur ses 37 ans d’âge. C’est un bel âge : celui de la maturité mais également celui de l’expérience et de la jeunesse.
Comme toujours, ce nouveau numéro est plein comme un œuf et chaque lecteur y trouvera son compte puisque l’on peut découvrir de nouvelles voix dans Le choix de Décharge tout autant que des voix fortes et discrètes (Jean-François Dubois, Emmanuelle Le Cam ou Guy Chaty). On y retrouve aussi à travers un dossier-hommage très émouvant le poète Michel Merlen, récemment disparu. S’y rattachent de troublants et déchirants écrits inédits intitulés « la faculté des rêves ».
Quant à l’équipe régulière des chroniqueurs, elle s’étoffe avec la présence d’Antoine Emaz et de James Sacré qui apportent tous deux leur expertise avisée sur le riche univers de la poésie vivante. Une longue place est accordée à Jean-Louis Giovannoni. Après une présentation de Claude Vercey, on peut lire quelques inédits suivis de deux sections d’un recueil paru chez Unes en 2016. Le dossier Lucien Suel permet de rappeler la forte créativité de ce poète, « habile artificier » au confluent du classicisme et de la modernité. En conclusion, on peut affirmer que Décharge est bien la revue de taille XXL pour ce XXI° siècle.

(Décharge N°176 (2017), 164 pages, 8 euros – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny ou revue.decharge@orange.fr )



Revue Les Hommes sans épaules N°44 (2017)



Sous la houlette très professionnelle de Christophe Dauphin, ces cahiers littéraires proposent toujours des sommaires originaux. La revue s’ouvre sur un vibrant hommage à une trinité subversive : Thérèse Plantier, Jocelyne Curtil et Marie-Christine Brière. S’en suit un éditorial de 16 pages où il est rappelé que « la poésie n’est pas au service d’une classe ». Dauphin y évoque la figure trop méconnue de Nikolaï Prorokov (1945-1972) ainsi que ceux que l’on nomma « les poètes du dégel » après la mort de Staline en 1953. Aussi intense que bref, ce dégel a permis l’éclosion de talents originaux et de poètes courageux tels que Brodski, Pasternak, Evtouchenko ou Voznessenski. Le remarquable travail de recherche de Karel Hadek permet à chacun de trouver de bons repères pour une lecture efficace au fil d’un riche dossier de plus de 140 pages.
Signalons également les focus éclairants sur deux « porteurs de feu » qu’il est urgent de relire : le Canadien Gaston Miron et le Suisse Alexandre Voisard. Puis le chapitre « ainsi furent les wah » ouvre ses pages à sept excellents poètes contemporains parmi lesquels Eric Chassefière et Jean-Claude Tardif. Enfin, comme toujours avec les HSE, l’ouverture aux autres se poursuit à travers différentes formes d’expression poétique ou d’abondantes notes de lecture.

(Les Hommes sans épaules N°44. 2017. 336 pages, 17 euros – 8, rue Charles Moiroud – 95440 Ecouen ou les.hse@orange.fr )



Revue « Gong » n°58 (2018)



Depuis 15 ans, cette « revue francophone de haïku » éditée par une dynamique association poursuit son chemin en accord avec l’état d’esprit qui prévaut à l’écriture de ces courts poèmes au pouvoir magique. En effet, il faut lire attentivement le dossier de 14 pages intitulé « Haïku et développement personnel » pour découvrir que cette écriture est bien plus qu’un simple mode d’expression poétique. Des animateurs et des participants à des kukaï (ateliers d’écriture spécifiques au haïku) apportent leurs témoignages convaincants. Outre le remarquable dossier ci-dessus évoqué, on signalera la découverte d’un poète argentin, Juan Carlos Durilén présenté par isabel Asùnsolo. Puis, d’autres chroniques attestent de l’universalité du haïku, véritable phénomène mondial. Avec Moissons, on peut découvrir des dizaines de courts poèmes inédits. En fin de livraison, Jean Antonini et ses amis proposent de très nombreuses notes de lecture. En parallèle à ce numéro, Gong présente Solstice, une élégante collection où vient de paraître « L’année où ma mère est née au ciel », un joli petit livre de Christophe Jubien. En conclusion, reprenons cette phrase de la page 40 : « Que la pratique du haïku soit une source de sagesse et d’amour de la poésie pour lecteurs et poètes ».

(Gong N°58 (2018), 70 pages, 5 euros port compris – 6B chemin de la Chapelle – 69140 Rillieux-la-Pape ou haiku.haiku@yahoo.fr )



Revue Poésie sur Seine N°96 (2018)



Sous la houlette de Pascal Dupuy, de Jean-Paul Giraux et d’un comité de fidèles rédacteurs, cette revue s’achemine paisiblement vers un numéro 100 qui bouclera plus de 25 ans d’existence sur la scène poétique des revues-papier. Fidèle à la formule qui fait sa singularité, elle s’ouvre sur un fronton. C’est Nicole Hardouin qui est ici mise à l’honneur avec un bel ensemble de poèmes qui suivent l’excellente présentation de Claude Luezior. Après le fronton, Poésie sur Seine choisit toujours un thème pour regrouper des écrits. Le silence, qui pourrait sembler un sujet convenu, a permis de provoquer les bonnes participations de Claude Albarède, de Jean-Louis Bernard, de Monique Morillon-Carreau, de Michel Santune et de quelques autres poètes. Ensuite, Antoine de Matharel présente la 3° partie d’un dossier sur la Poésie pénale dans lequel sont présentés entre autres Jean Cassou, Jean Cayrol et Nelly Sachs. Toujours attentif aux voix poétiques de qualité, Jean Chatard présente Marie-Josée Christien en trois pages ferventes rondement menées. On lira encore des poèmes en liberté, des chroniques et des nouvelles. Oui, si comme l’écrit Pascal Dupuy dans son éditorial, « notre univers est high-tech » et subit la dictature des smartphones et autres outils diaboliques, ce monde virtuel ne nous empêche pas de lire et de relire de la poésie afin d’y trouver ce qui ne se trouve nulle part ailleurs pour nous « préserver du péril de nous-mêmes. »

(Poésie sur Seine N°96 (2018), 110 pages, 12 euros ou 30 euros les 3 numéros annuels – 13 place de Gaulle – 92210 Saint-Cloud ou poesiesurseine@gmail.com )



Revue Gong n°59 (2018)



La plus ancienne et la plus solide « revue francophone de haïku » poursuit son chemin paisible à l’instar du parcours japonais qui lui sert de modèle. Le dossier principal de cette livraison s’intitule « Poésie du lieu ». Il a été réalisé par Jean Antonini. Les contributions, riches et variées, s’ouvrent sur des lieux à la fois ordinaires et magiques. « Mais le lieu du haïku n’est peut-être que l’endroit où le haïku a lieu : un endroit où nos sensations extérieures et intérieures ont fusionné dans un court poème ».
Huit pages de moissons regroupent dans une présentation aérée 80 haïkus de 41 auteurs différents. Puis, en deux pages émouvantes, Isabel Asunsolo rend un bel hommage à Odile Bonneel disparue à l’âge de 48 ans. On n’oubliera pas de s’attarder sur cinq pages de critiques sur des ouvrages spécialisés. Revue internationale : oui, Gong l’est assurément puisqu’ouverte aux créations de très nombreux pays. On pourrait peut-être lui reprocher, s’il le fallait, un manque d’exigence dans le choix des textes mais il faut voir là plutôt un excès de générosité face au haïjin amateur, lui qui « regarde tout, attentif au moindre changement » et lui qui s’avance humblement, « le nez au vent pour notre plus grand bonheur ».

(Gong N°59 (2018), 70 pages, 5 euros – 10 place du Plouy Saint-Lucien – 60000 Beauvais ou haiku.haiku@yahoo.fr )



Revue « A l’index » n°35 (2018)



La démarche qu’a adoptée Jean-Claude Tardif depuis des années pour sa revue est désormais bien identifiée. Dans un paradoxe, fréquent chez les poètes, elle se compose de deux parallèles qui se rejoignent ! La revue propose d’une part des numéros anthologiques ou thématiques et, d’autre part, dans la collection Empreintes, des livraisons consacrées à un seul auteur.
Cette dernière et belle série, après des numéros consacrés entre autres à Werner Lambersy, Jean-Max Tixier ou Patricia Castex-Menier, rend ici un hommage mérité à un poète à l’œuvre discrète : André Prodhomme. L’intitulé « Montsouris en Coglès » fait référence au lieu de vie de ce poète, lieu qui lui sert d’inspiration et de respiration. On lira en premier une longue interview de 23 pages qui permet de mieux cerner ce poète en révélant surtout sa démarche humaniste mais aussi une fragilité originelle doublée paradoxalement d’une grande force mentale. Tenant d’une « poésie pour vivre » qui aura su traverser les modes, il se revendique comme « un homme ordinaire » même si sa « vie n’aurait aucun sens sans la poésie. » Autour de ce poète, Tardif a rassemblé une dizaine de ses proches pour un bel hommage dans lequel on trouvera des moments de partage, des souvenirs rennais et de la complicité épistolaire. De l’intime au collectif, on y devine une ligne ferme et solide, une sorte de via ferrata où tolérance et fraternité permettent d’avancer comme en témoigne la lecture de 33 pages de poèmes parfaitement sélectionnés.

(À l’index N°35 (2018), 106 pages, 17 euros – 11 rue du Stade – 76133 Epouville ou revue.alindex@free.fr )



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