Georges Cathalo

Lecture flash 2018

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues ().

Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, commencé il y a plusieurs années.



Chantal Couliou : « Le temps en miettes »



Cette mince plaquette remarquablement réalisée par les éditions Soc et Foc renferme de précieux poèmes dans un bel écrin qu’accompagnent les peintures de Dar’Jac. Chantal Couliou y rassemble de courts textes, fragments épars d’un temps émietté, afin de célébrer la tendre sagesse d’une grand-mère qui est gagnée peu à peu par l’oubli. Cette angoisse, à laquelle la petite-fille doit résister, ne cesse de grandir au fil du temps.
Cette belle grand-mère est bien celle dont tout le monde rêve, celle qui lutte contre les rhumatismes, la fatigue et les trous de mémoire sans jamais se plaindre. « Elle déploiera ses souvenirs / en un accordéon de mots » en avançant « pour sauver un brin / de légèreté et d’insouciance », en se vêtant d’une « écharpe de petits riens / qui l’aide / à passer le gué du désespoir ».
Ces souvenirs, souvent mal arrimés, sont comme un lourd chargement qui menace de sombrer dans l’océan du grand oubli, car « le temps a gommé sa mémoire » et que l’on sait « qu’un jour / il faut se résigner / à tout quitter ». Malgré tout, dans chacun de ses poèmes, Chantal Couliou convoque l’espoir et la joie, cette « joie dans les cœurs / pour cautériser / les fêlures de la vie » puisqu’elle le rappelle, « à chaque printemps / tout recommence : / la vie reprend ses droits ».

(Chantal Couliou : « Le temps en miettes », Soc et Foc éd., 2017, 40 pages, 15 euros – L’Ouche des Trois Saules – 85700 La Meilleraie-Tillay ou postmaster@soc-et-foc.com )



Revue Décharge N°176 (2017)



Chaque fin d’année voit Jacques Morin et son équipe remettre le couvert après avoir repoussé les doutes qui viendraient perturber la bonne marche de cette publication qui va sur ses 37 ans d’âge. C’est un bel âge : celui de la maturité mais également celui de l’expérience et de la jeunesse.
Comme toujours, ce nouveau numéro est plein comme un œuf et chaque lecteur y trouvera son compte puisque l’on peut découvrir de nouvelles voix dans Le choix de Décharge tout autant que des voix fortes et discrètes (Jean-François Dubois, Emmanuelle Le Cam ou Guy Chaty). On y retrouve aussi à travers un dossier-hommage très émouvant le poète Michel Merlen, récemment disparu. S’y rattachent de troublants et déchirants écrits inédits intitulés « la faculté des rêves ».
Quant à l’équipe régulière des chroniqueurs, elle s’étoffe avec la présence d’Antoine Emaz et de James Sacré qui apportent tous deux leur expertise avisée sur le riche univers de la poésie vivante. Une longue place est accordée à Jean-Louis Giovannoni. Après une présentation de Claude Vercey, on peut lire quelques inédits suivis de deux sections d’un recueil paru chez Unes en 2016. Le dossier Lucien Suel permet de rappeler la forte créativité de ce poète, « habile artificier » au confluent du classicisme et de la modernité. En conclusion, on peut affirmer que Décharge est bien la revue de taille XXL pour ce XXI° siècle.

(Décharge N°176 (2017), 164 pages, 8 euros – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny ou revue.decharge@orange.fr )



Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge »



La longue préface de Jean-Claude Dubois se présente en réalité comme une postface. En effet, elle est très éclairante, trop peut-être, sur la démarche de Pedini, jeune poète prometteur à l’œuvre déjà bien identifiée. En dix pages, le préfacier répond aux différentes interrogations du lecteur en lui ouvrant des pistes sur lesquelles il pourra s’engager en toute quiétude dans la perspective d’une bénéfique relecture.
La menace qui provoque le besoin de « trouver refuge » n’est pas clairement définie mais l’on devine qu’elle a un rapport direct avec « la dépouille chaude de l’enfance ». Et même si « la mélancolie nous précède d’un pas » et si « l’angoisse de vivre tient », le poète résiste à sa manière, réfugié dans ses silences et ses pensées grâce à la poésie car « ici on se sent bien ».
Le besoin vital d’un refuge à trouver incite le poète à s’imposer des directions à prendre. On ne compte plus, au fil des poèmes, le nombre d’injonctions amorcées par un verbe à l’impératif, injonctions couplées très souvent avec le pronom « on », ce pronom neutre si délicat à utiliser. « Prendre racine en soi » est aussi une injonction majeure que ce jeune poète se fixe afin « d’aller plus loin ». Alors, quel chemin prendre ? « Parfois on se dit que c’est mieux comme ça », cette interrogation permanente face à une voie difficile dans laquelle on s’engage. Rassurons l’auteur : c’est grâce à cette forte exigence qu’il construit peu à peu une œuvre fertile.

(Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge » Cheyne éd., 2017. 64 pages, 17 euros – Au Bois de Chaumette – 17320 Devesset)
Georges Cathalo



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Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



vendredi 5 janvier 2018, par Georges Cathalo

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Revue Les Hommes sans épaules N°44 (2017)



Sous la houlette très professionnelle de Christophe Dauphin, ces cahiers littéraires proposent toujours des sommaires originaux. La revue s’ouvre sur un vibrant hommage à une trinité subversive : Thérèse Plantier, Jocelyne Curtil et Marie-Christine Brière. S’en suit un éditorial de 16 pages où il est rappelé que « la poésie n’est pas au service d’une classe ». Dauphin y évoque la figure trop méconnue de Nikolaï Prorokov (1945-1972) ainsi que ceux que l’on nomma « les poètes du dégel » après la mort de Staline en 1953. Aussi intense que bref, ce dégel a permis l’éclosion de talents originaux et de poètes courageux tels que Brodski, Pasternak, Evtouchenko ou Voznessenski. Le remarquable travail de recherche de Karel Hadek permet à chacun de trouver de bons repères pour une lecture efficace au fil d’un riche dossier de plus de 140 pages.
Signalons également les focus éclairants sur deux « porteurs de feu » qu’il est urgent de relire : le Canadien Gaston Miron et le Suisse Alexandre Voisard. Puis le chapitre « ainsi furent les wah » ouvre ses pages à sept excellents poètes contemporains parmi lesquels Eric Chassefière et Jean-Claude Tardif. Enfin, comme toujours avec les HSE, l’ouverture aux autres se poursuit à travers différentes formes d’expression poétique ou d’abondantes notes de lecture.



(Les Hommes sans épaules N°44. 2017. 336 pages, 17 euros – 8, rue Charles Moiroud – 95440 Ecouen ou les.hse@orange.fr )
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