Georges Cathalo

Lecture flash 2018

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues ().

Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, commencé il y a plusieurs années.



Revue Bacchanales n°59 : Duos, 118 jeunes poètes nés après 1970



Allez, prenons-en le pari : dans les décennies à venir, cette anthologie servira de référence en matière de connaissance de la poésie vivante. Elle est le fruit d’un long et délicat travail de bénédictine effectué pendant près de 4 ans par Lydia Padellec qui a tout réalisé : le choix des textes et des auteurs, la rédaction de brèves bio-bibliographies et surtout une sobre préface.
Avec tact et compétence, elle a regroupé 118 jeunes poètes nés après 1970, 59 hommes et 59 femmes, dans une stricte parité comme elle l’a fait pour ses éditions de La Lune Bleue . Les poèmes, un seul par auteur, sont présentés en vis-à-vis dans une alternance parfaitement agencée quant aux thèmes abordés.
Outre la date de naissance, les critères retenus sont pertinents : écrire en langue française, avoir été édité à compte d’éditeur et « être actif en poésie aujourd’hui ». Il serait vain de filtrer les noms retenus et de signaler ceux qui auraient pu faire partie de ce bel équipage. Disons que l’ensemble des secteurs francophones est présent même si la Suisse semble sous-représentée. L’ensemble permet de découvrir différents aspects des écritures en cours depuis la poésie sonore jusqu’au lyrisme classique et des écrits-performances aux haïkus. Et puis l’on y trouve la confirmation de réels talents aux œuvres déjà bien assurés. Risquons-nous à énumérer dix noms : Thomas Vinau, Cécile Guivarch, Simon Martin, Marlène Tissot, Matthias Vincenot, Aurélia Lassaque, Romain Fustier, Murièle Modély, Jean-Baptiste Pedini et… Lydia Padellec. Les œuvres graphiques de Anne-Laure H.Blanc complètent harmonieusement cette épaisse livraison de Bacchanales. Saluons enfin comme il se doit la courageuse initiative de la Maison de la Poésie de Rhône-Alpes pour s’être lancé dans cette périlleuse entreprise.

(Bacchanales N°59. 2018. 180 pages au format 29X15, 22 euros, tirage limité à 1000 exemplaires – 33 rue Ambroise Crozat – 38400 Saint-Martin- d’Hères ou maison.poesie.rhone.alpes@orange.fr )



Catherine Baptiste : « Puzzle, mille pièces en un acte »



Les Poitevins et les Poitevines sont à l’honneur avec cette nouvelle publication que Jean-Claude Tardif propose dans l’impeccable présentation de sa nouvelle collection intitulée « Les Plaquettes ». L’auteur est jeune et déjà repérée à travers des livres parus chez quelques bons éditeurs ainsi que pour ses apparitions dans des revues de référence comme Décharge ou Friches. La postface de la poitevine Odile Caradec est un modèle du genre et résonne comme une invitation à une relecture immédiate. Émouvantes et éclairantes, ces quatre pages fournissent des clés de lecture, ouvrent des perspectives tout en apportant de nouvelles interrogations.
Le peintre-poète poitevin Pierre Rosin apporte sa pierre personnelle à ce puzzle énigmatique grâce à cinq dessins originaux.
Ce puzzle n’est qu’un prétexte à ce que deux personnes échangent : « c’est comme ça les puzzles, ça plonge au cœur du manque » et cela « jusqu’à l’encastrement de l’un dans l’autre »… Le singulier projet de Catherine Baptiste consiste à « construire et déconstruire une Tour de Babel » à travers l’impossible réalisation d’un puzzle géant que tente de former son compagnon car « l’homme est patient. Il sait composer pièce après pièce, avec l’ellipse du Verbe ». Il tente courageusement de « livrer le combat du toujours plein dans l’à jamais vide ». Il n’est pas une page où le ciel n’intervienne pour recadrer le puzzle en devenir, fruit d’un long cheminement. La symbolique est évidente entre la Tour de Babel et le projet en suspens avec cette recherche qui ferait que la vie ne serait finalement qu’un gigantesque puzzle dont on n’arriverait jamais à bout.

(Catherine Baptiste : « Puzzle, mille pièces en un acte ». À l’index éd., 2018. 44 pages, 10 euros – revue.alindex@free.fr )



Salvatore Sanfilippo : « L’homme qui regarde l’homme »



On n’en finira jamais avec les poètes qui s’engagent dans la voie de la poésie dite « humoristique » afin de masquer leur trop-plein de tendresse et d’empathie. Avec Salvatore Sanfilippo, on a affaire à un joyeux drille qui n’hésite pas une seconde à parsemer ses textes de jeux de mots approximatifs et d’abondantes pirouettes verbales mais aussi d’observations réalistes et dérangeantes.
Les poèmes de Sanfilippo sont généralement brefs et percutants. On y croise de drôles de zigues qui font partie de la famille : Prévert, Norge ou Jean L’Anselme. Le plus souvent on a affaire à des situations cocasses : une châtelaine excédée par « les pouilleux qui font la manche » et qui est « des gueux lasse », une étrange mésaventure hospitalière et amoureuse, un amoureux-fou transi, un goinfre passant à la 4G après avoir été gastronome, gourmet et gourmand… Mais le propos léger et jovial est vite contrebalancé par des situations moins amusantes. Cette ambivalence est visible dans la proximité de deux poèmes : Je regarde tomber la pluie, tout en nuances mélancoliques venant juste avant Je pisse, poème gaillard à la Brassens. Les illustrations de Chrisal, très expressives, prolongent l’effet de surprise des écrits de Sanfilippo. Alors, humblement, chaque lecteur, devant la mort, se mettra au diapason du poète qui « écrit des poèmes / en faim de vie. » Bon appétit, poète !

(Salvatore Sanfilippo : « L’homme qui regarde l’homme » . Gros Textes éd., 2017. 92 pages, 8 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )



Revue Chiendents N°126 (2018)



C’est Marie-Josée Christien qui a pris l’initiative et la lourde responsabilité de consacrer un numéro de Chiendents à Guy Allix. « Entre urgence et humilité » est un bon sous-titre résumant à lui seul le caractère contrasté de Guy Allix : urgence car ce poète qui pérégrine dans le « milieu » depuis de nombreuses années mérite un coup de projecteur car il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Et puis humilité car Guy Allix aurait tendance à s’effacer devant d’autres poètes ou chanteurs qu’il défend depuis des décennies.
Marie-Josée Christien a raison d’insister sur ce « côté frondeur qui le maintient debout » après tant et tant d’épreuves et de déconvenues. La longue interview de 7 pages qu’elle a obtenue est là pour attester d’une démarche poétique hors du commun, terriblement humaine, grâce à une écriture qui se bâtit dans la ferveur et la passion. Après les contributions d’Annie Ernaux (lettres) et de Gilles Perrault (article de presse), on lira avec une attention particulière les contributions amicales de Bruno Sourdin, de Michel Baglin, de Gérard Cléry et de Jean-Louis Clarac, tous fins connaisseurs de l’univers allixien.
Ce beau numéro d’hommage se conclut par un bon choix de textes et, si l’on peut regretter qu’un choix plus large n’ait été proposé, on invitera les lecteurs à se procurer les livres de Guy Allix, livres parus chez Rougerie, Le Nouvel Athanor, L’Atelier de Groutel et les Editions Sauvages.

(Chiendents N°126 (2018), 40 pages, 8 euros – 20, rue du Coudray – 44000 Nantes ou editions.petit.vehicule@gmail.com)
Lire aussi un article de MB



Constantin Kaïteris : « Le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus »



La lecture de ce livre permet de renvoyer à Petits métiers, la belle et trop méconnue chanson de Juliette. On y retrouve en effet la même originalité dans le repérage et la description d’activités professionnelles, réelles ou imaginaires. Dans sa préface, Alain Boudet insiste sur le travail d’explorateur de ce poète qui a su développer « une curiosité d’espiègle documentariste » qui cherche et fouille, traque et déniche. C’est toute une humanité laborieuse qui est ici mise au grand jour avec, comme dans la chanson de Juliette, des professions plus qu’improbables : le retourneur de vestes, le polisseur de langue de bois, l’extracteur de quintessence ou le coupeur de cheveux en quatre. Ce recueil peut se lire d’abord simplement mais on peut aussi l’aborder en y relevant de discrets clins d’œil soit à des références littéraires directes (Freud, Proust ou Magritte) ou indirectes (Rabelais, Brassens, Hugo, Malraux ou Flaubert). Kaïteris use abondamment d’à-peu-près fantaisistes avec le rémouleur « qui affûtait d’un air futé » ou « les trop polis les trop politiciens / pour être au net ». Il invente des néologismes en situation : le rétrorêveviseur, l’oniropotentiomètre ou le noctulâtre tout en évitant le dernier cardeur ou les lavandières qui ont impressionné les impressionnistes. L’illustratrice Brigitte Dusserre-Bresson accompagne ces poèmes avec quatre dessins en mode sépia pour renforcer l’aspect ancien de ces textes rajeunis par le talent de ce poète inventif.

(Constantin Kaïteris : « Le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus ». Corps Puce éd., 2017. 64 pages, 212 euros – 27 rue d’Antibes – 80090 Amiens ou aref.loce.jf@wanadoo.fr )



Revue Poésie sur Seine N°96 (2018)



Sous la houlette de Pascal Dupuy, de Jean-Paul Giraux et d’un comité de fidèles rédacteurs, cette revue s’achemine paisiblement vers un numéro 100 qui bouclera plus de 25 ans d’existence sur la scène poétique des revues-papier. Fidèle à la formule qui fait sa singularité, elle s’ouvre sur un fronton. C’est Nicole Hardouin qui est ici mise à l’honneur avec un bel ensemble de poèmes qui suivent l’excellente présentation de Claude Luezior. Après le fronton, Poésie sur Seine choisit toujours un thème pour regrouper des écrits. Le silence, qui pourrait sembler un sujet convenu, a permis de provoquer les bonnes participations de Claude Albarède, de Jean-Louis Bernard, de Monique Morillon-Carreau, de Michel Santune et de quelques autres poètes. Ensuite, Antoine de Matharel présente la 3° partie d’un dossier sur la Poésie pénale dans lequel sont présentés entre autres Jean Cassou, Jean Cayrol et Nelly Sachs. Toujours attentif aux voix poétiques de qualité, Jean Chatard présente Marie-Josée Christien en trois pages ferventes rondement menées. On lira encore des poèmes en liberté, des chroniques et des nouvelles. Oui, si comme l’écrit Pascal Dupuy dans son éditorial, « notre univers est high-tech » et subit la dictature des smartphones et autres outils diaboliques, ce monde virtuel ne nous empêche pas de lire et de relire de la poésie afin d’y trouver ce qui ne se trouve nulle part ailleurs pour nous « préserver du péril de nous-mêmes. »

(Poésie sur Seine N°96 (2018), 110 pages, 12 euros ou 30 euros les 3 numéros annuels – 13 place de Gaulle – 92210 Saint-Cloud ou poesiesurseine@gmail.com )



Saïd Mohamed : « Paroles & Chansons comme ci-comme ça »


La veine locutoire et la verve langagière de Saïd Mohamed sont plus que jamais présentes dans ce livre qui regroupe de longs poèmes qui pourraient s’apparenter, comme l’annonce le titre, à des paroles de chansons. On y retrouve tous les thèmes majeurs qui se recoupent dans l’œuvre déjà importante de ce poète écorché-vif. D’ailleurs, dès la première ligne du livre, le lecteur est prévenu : « Je ne suis pas un poète, mais un piètre fumiste. » On pourrait parler ici d’autodérision mais il faut savoir que l’auteur ne se délivre jamais de son manque de confiance : « Et moi je n’aurais jamais été / Un petit bicot ou un enfant de putain. » Il revient fréquemment sur son vécu douloureux sans s’appesantir toutefois à partir d’un simple coup d’œil dans le rétroviseur pour évoquer en quelques mots le rude passé qui fut le sien.
Le format de la chanson au sens large du terme convient parfaitement à l’objectif qu’il s’est fixé, à savoir une percée vers l’imaginaire à partir de fait réels et de sensations personnelles. On sourira en lisant des chansons gaillardes et paillardes. On y croisera le métèque Moustaki, le grand Jacques (Brel) ou le nostalgique Souchon. On n’oubliera pas également de lire le règlement de comptes à « nos grandes icônes nationales » de la chanson. Quant aux « poètes officiels », ils en prennent pour leur grade dans un long poème qui fustige les flagorneurs et « les petits laquais du verbe. » Un beau livre à lire, à relire et à chanter aussi.

(Saïd Mohamed : « Paroles & Chansons comme ci- comme ça ». Gros Textes éd., 2018. 68 pages, 8 euros – Fontfourane – 03580 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )

lire aussi l’article de L. Wasselin



Revue « A l’index » n°35 (2018)



La démarche qu’a adoptée Jean-Claude Tardif depuis des années pour sa revue est désormais bien identifiée. Dans un paradoxe, fréquent chez les poètes, elle se compose de deux parallèles qui se rejoignent ! La revue propose d’une part des numéros anthologiques ou thématiques et, d’autre part, dans la collection Empreintes, des livraisons consacrées à un seul auteur.
Cette dernière et belle série, après des numéros consacrés entre autres à Werner Lambersy, Jean-Max Tixier ou Patricia Castex-Menier, rend ici un hommage mérité à un poète à l’œuvre discrète : André Prodhomme. L’intitulé « Montsouris en Coglès » fait référence au lieu de vie de ce poète, lieu qui lui sert d’inspiration et de respiration. On lira en premier une longue interview de 23 pages qui permet de mieux cerner ce poète en révélant surtout sa démarche humaniste mais aussi une fragilité originelle doublée paradoxalement d’une grande force mentale. Tenant d’une « poésie pour vivre » qui aura su traverser les modes, il se revendique comme « un homme ordinaire » même si sa « vie n’aurait aucun sens sans la poésie. » Autour de ce poète, Tardif a rassemblé une dizaine de ses proches pour un bel hommage dans lequel on trouvera des moments de partage, des souvenirs rennais et de la complicité épistolaire. De l’intime au collectif, on y devine une ligne ferme et solide, une sorte de via ferrata où tolérance et fraternité permettent d’avancer comme en témoigne la lecture de 33 pages de poèmes parfaitement sélectionnés.

(À l’index N°35 (2018), 106 pages, 17 euros – 11 rue du Stade – 76133 Epouville ou revue.alindex@free.fr )



Marie Desmaretz : « Les lettres-poèmes de Marie »



La belle amitié dont parle Jean Chatard dans sa préface n’est pas une banale expression de circonstance. Elle recouvre tout un territoire des activités humaines en permettant à chacun de se construire ou de se reconstruire. C’est le cas de Marie Desmaretz qui a dû affronter le vide sidéral causé par la disparition de son mari Bernard en 2006. Il n’est pas question pour elle de rester prostrée « devant le radeau triste de la tombe » de l’être aimé, lui qui ne jugeait pas et qui « croyait aux miracles, aux arbres et à la bonté ».
Servie par une écriture élégante et discrète, Marie Desmaretz sait dresser des ponts de mots avec ses proches et ses amis en leur adressant de touchantes lettres-poèmes. Elle accorde aussi une place importante à des rituels comme l’heure du thé, les heures passées près des lampes fidèles et surtout des passages au jardin car c’est là qu’elle s’épanouit le mieux au milieu de toutes ces fleurs qu’elle évoque simplement. Elle réalise que « le jardin se défait au fil des ciels » et qu’elle n’a pas « la sagesse des jardins », mais qu’importe puisqu’elle assume sa situation avec cette farouche volonté « de fleurir / et de faner puis de refleurir » ce qui ne peut nous ramener à d’éternelles valeurs poétiques que résume bien ce distique de Ronsard : « Tel fleurit aujourd’hui qui demain flétrira / Tel flétrit aujourd’hui qui demain fleurira ».

(Marie Desmaretz : « Les lettres-poèmes de Marie », Du Petit Pavé éd., 2017. 56 pages, 8 euros – BP 17 – Brissac-Quincé – 49320 Saint-Jean des Mauvrets ou desmaretz.marie@orange.fr

Lire aussi l’article de Lucien Wasselin



Chantal Couliou : « Le temps en miettes »



Cette mince plaquette remarquablement réalisée par les éditions Soc et Foc renferme de précieux poèmes dans un bel écrin qu’accompagnent les peintures de Dar’Jac. Chantal Couliou y rassemble de courts textes, fragments épars d’un temps émietté, afin de célébrer la tendre sagesse d’une grand-mère qui est gagnée peu à peu par l’oubli. Cette angoisse, à laquelle la petite-fille doit résister, ne cesse de grandir au fil du temps.
Cette belle grand-mère est bien celle dont tout le monde rêve, celle qui lutte contre les rhumatismes, la fatigue et les trous de mémoire sans jamais se plaindre. « Elle déploiera ses souvenirs / en un accordéon de mots » en avançant « pour sauver un brin / de légèreté et d’insouciance », en se vêtant d’une « écharpe de petits riens / qui l’aide / à passer le gué du désespoir ».
Ces souvenirs, souvent mal arrimés, sont comme un lourd chargement qui menace de sombrer dans l’océan du grand oubli, car « le temps a gommé sa mémoire » et que l’on sait « qu’un jour / il faut se résigner / à tout quitter ». Malgré tout, dans chacun de ses poèmes, Chantal Couliou convoque l’espoir et la joie, cette « joie dans les cœurs / pour cautériser / les fêlures de la vie » puisqu’elle le rappelle, « à chaque printemps / tout recommence : / la vie reprend ses droits ».

(Chantal Couliou : « Le temps en miettes », Soc et Foc éd., 2017, 40 pages, 15 euros – L’Ouche des Trois Saules – 85700 La Meilleraie-Tillay ou postmaster@soc-et-foc.com )



Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge »



La longue préface de Jean-Claude Dubois se présente en réalité comme une postface. En effet, elle est très éclairante, trop peut-être, sur la démarche de Pedini, jeune poète prometteur à l’œuvre déjà bien identifiée. En dix pages, le préfacier répond aux différentes interrogations du lecteur en lui ouvrant des pistes sur lesquelles il pourra s’engager en toute quiétude dans la perspective d’une bénéfique relecture.
La menace qui provoque le besoin de « trouver refuge » n’est pas clairement définie mais l’on devine qu’elle a un rapport direct avec « la dépouille chaude de l’enfance ». Et même si « la mélancolie nous précède d’un pas » et si « l’angoisse de vivre tient », le poète résiste à sa manière, réfugié dans ses silences et ses pensées grâce à la poésie car « ici on se sent bien ».
Le besoin vital d’un refuge à trouver incite le poète à s’imposer des directions à prendre. On ne compte plus, au fil des poèmes, le nombre d’injonctions amorcées par un verbe à l’impératif, injonctions couplées très souvent avec le pronom « on », ce pronom neutre si délicat à utiliser. « Prendre racine en soi » est aussi une injonction majeure que ce jeune poète se fixe afin « d’aller plus loin ». Alors, quel chemin prendre ? « Parfois on se dit que c’est mieux comme ça », cette interrogation permanente face à une voie difficile dans laquelle on s’engage. Rassurons l’auteur : c’est grâce à cette forte exigence qu’il construit peu à peu une œuvre fertile.

(Jean-Baptiste Pedini : « Trouver refuge » Cheyne éd., 2017. 64 pages, 17 euros – Au Bois de Chaumette – 17320 Devesset)
Georges Cathalo



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Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



vendredi 5 janvier 2018, par Georges Cathalo

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Revue Décharge N°176 (2017)



Chaque fin d’année voit Jacques Morin et son équipe remettre le couvert après avoir repoussé les doutes qui viendraient perturber la bonne marche de cette publication qui va sur ses 37 ans d’âge. C’est un bel âge : celui de la maturité mais également celui de l’expérience et de la jeunesse.
Comme toujours, ce nouveau numéro est plein comme un œuf et chaque lecteur y trouvera son compte puisque l’on peut découvrir de nouvelles voix dans Le choix de Décharge tout autant que des voix fortes et discrètes (Jean-François Dubois, Emmanuelle Le Cam ou Guy Chaty). On y retrouve aussi à travers un dossier-hommage très émouvant le poète Michel Merlen, récemment disparu. S’y rattachent de troublants et déchirants écrits inédits intitulés « la faculté des rêves ».
Quant à l’équipe régulière des chroniqueurs, elle s’étoffe avec la présence d’Antoine Emaz et de James Sacré qui apportent tous deux leur expertise avisée sur le riche univers de la poésie vivante. Une longue place est accordée à Jean-Louis Giovannoni. Après une présentation de Claude Vercey, on peut lire quelques inédits suivis de deux sections d’un recueil paru chez Unes en 2016. Le dossier Lucien Suel permet de rappeler la forte créativité de ce poète, « habile artificier » au confluent du classicisme et de la modernité. En conclusion, on peut affirmer que Décharge est bien la revue de taille XXL pour ce XXI° siècle.

(Décharge N°176 (2017), 164 pages, 8 euros – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny ou revue.decharge@orange.fr )



Revue Les Hommes sans épaules N°44 (2017)



Sous la houlette très professionnelle de Christophe Dauphin, ces cahiers littéraires proposent toujours des sommaires originaux. La revue s’ouvre sur un vibrant hommage à une trinité subversive : Thérèse Plantier, Jocelyne Curtil et Marie-Christine Brière. S’en suit un éditorial de 16 pages où il est rappelé que « la poésie n’est pas au service d’une classe ». Dauphin y évoque la figure trop méconnue de Nikolaï Prorokov (1945-1972) ainsi que ceux que l’on nomma « les poètes du dégel » après la mort de Staline en 1953. Aussi intense que bref, ce dégel a permis l’éclosion de talents originaux et de poètes courageux tels que Brodski, Pasternak, Evtouchenko ou Voznessenski. Le remarquable travail de recherche de Karel Hadek permet à chacun de trouver de bons repères pour une lecture efficace au fil d’un riche dossier de plus de 140 pages.
Signalons également les focus éclairants sur deux « porteurs de feu » qu’il est urgent de relire : le Canadien Gaston Miron et le Suisse Alexandre Voisard. Puis le chapitre « ainsi furent les wah » ouvre ses pages à sept excellents poètes contemporains parmi lesquels Eric Chassefière et Jean-Claude Tardif. Enfin, comme toujours avec les HSE, l’ouverture aux autres se poursuit à travers différentes formes d’expression poétique ou d’abondantes notes de lecture.

(Les Hommes sans épaules N°44. 2017. 336 pages, 17 euros – 8, rue Charles Moiroud – 95440 Ecouen ou les.hse@orange.fr )



Revue « Gong » n°58 (2018)



Depuis 15 ans, cette « revue francophone de haïku » éditée par une dynamique association poursuit son chemin en accord avec l’état d’esprit qui prévaut à l’écriture de ces courts poèmes au pouvoir magique. En effet, il faut lire attentivement le dossier de 14 pages intitulé « Haïku et développement personnel » pour découvrir que cette écriture est bien plus qu’un simple mode d’expression poétique. Des animateurs et des participants à des kukaï (ateliers d’écriture spécifiques au haïku) apportent leurs témoignages convaincants. Outre le remarquable dossier ci-dessus évoqué, on signalera la découverte d’un poète argentin, Juan Carlos Durilén présenté par isabel Asùnsolo. Puis, d’autres chroniques attestent de l’universalité du haïku, véritable phénomène mondial. Avec Moissons, on peut découvrir des dizaines de courts poèmes inédits. En fin de livraison, Jean Antonini et ses amis proposent de très nombreuses notes de lecture. En parallèle à ce numéro, Gong présente Solstice, une élégante collection où vient de paraître « L’année où ma mère est née au ciel », un joli petit livre de Christophe Jubien. En conclusion, reprenons cette phrase de la page 40 : « Que la pratique du haïku soit une source de sagesse et d’amour de la poésie pour lecteurs et poètes ».

(Gong N°58 (2018), 70 pages, 5 euros port compris – 6B chemin de la Chapelle – 69140 Rillieux-la-Pape ou haiku.haiku@yahoo.fr )



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